Parcours d’exception : découvrez l’histoire de Manon Baranger, étoile montante de l’Opéra de Paris
Il y a quelques semaines, nous avons eu la chance d’accueillir Manon Baranger, ancienne élève du LFI et aujourd’hui danseuse professionnelle à l’Opéra de Paris, à seulement 19 ans. Venue à la rencontre de nos élèves de 4ème dans le cadre du Parcours Avenir, elle a partagé un témoignage aussi inspirant que sincère, retraçant les étapes d’un parcours hors du commun.
Manon a accepté de nous raconter son parcours, depuis ses premiers pas de danse à Hong Kong jusqu’aux planches de l’Opéra de Paris, en passant par les doutes, les sacrifices et le soutien indéfectible de ses parents.
À travers ce retour d’expérience, nous espérons offrir aux élèves une source de motivation pour oser poursuivre leurs rêves, et aux parents, l’assurance que l’accompagnement bienveillant et réaliste est la clé pour aider leurs enfants à tracer leur voie, même hors des sentiers battus.
« Mes parents n’ont jamais cherché à me dissuader. Leur choix a toujours été celui de la confiance — ma passion était si intense, si évidente, qu’ils ont compris qu’il fallait la laisser s’exprimer. Bien sûr, ils ont eu des doutes, comme tous les parents. Mais même dans les moments où je perdais foi en moi, ils n'ont jamais douté. Et surtout, ils ont toujours été là. »

Des premiers pas de danse à Hong Kong à 3 ans...
Je suis née à Hong Kong et y ai grandi jusqu'à mes 11 ans. J’étais au LFI jusqu’en 6ème, où j’ai commencé la danse à 3 ans, d’abord à Sai Kung, puis à l’école avec Régine Proietto, dont les cours sont toujours proposés aux élèves actuels. À l’époque, je ne me doutais pas que cette activité deviendrait ma vocation. "Je n’avais aucune idée que je pourrais en faire mon métier un jour."
... à un emploi du temps aménagé avec 8h de danse par jour
En 2018, tout a changé. Nous avons déménagé en Australie, à Melbourne. J'ai rejoint le système scolaire australien (IB) en l'absence d'établissement français, tout en continuant le français et les maths avec le CNED. Mais surtout, j'ai intégré la Melbourne Academy of the Arts (MAARTS), où j'ai découvert la scène et où ma passion pour la danse est devenue une obsession. Sous la direction de Ms Jasmina Stefkovski, les cours sont devenus de plus en plus intenses, jusqu'à ce que MAARTS me propose une bourse pour une formation à temps plein : 8 heures de danse par jour, 6 jours sur 7.
J'ai dû quitter l'école australienne et organiser ma scolarité à distance avec le CNED, de la 4ème à la 2nde. C'était une expérience exigeante, mais enrichissante : j'ai appris à gérer mon temps et à étudier seule, avec le soutien de professeurs privés.
"Apprendre à gérer mon temps, étudier seule, et concilier tout cela n’a pas été facile, mais j’étais déterminée."
Un sacrifice pour réaliser son rêve

Durant cette période intensive, j’ai enchaîné les compétitions de danse, nationales puis internationales. Mon objectif était clair : progresser, me faire remarquer et saisir chaque opportunité pour avancer vers mon rêve. Mais en 2021, un coup dur est arrivé : mes parents ont été mutés à Hong Kong. Un déménagement qui, cette fois, ne correspondait pas à mon ambition : intégrer une grande école de danse.
À seulement 14 ans, j’ai pris une décision qui a changé ma vie : rester seule à Melbourne, en famille d’accueil, pour poursuivre ma formation. Ce fut l’un des sacrifices les plus difficiles que j’aie jamais faits. Mais c’était le prix à payer pour concrétiser mes rêves — et aujourd’hui, je sais que ce choix a tout changé.
Entre le CNED et la scène : concilier scolarité à distance et compétitions de danse d’exception
Cette année-là, j’ai tout misé sur le Prix de Lausanne, l’une des compétitions de danse les plus prestigieuses au monde. Pendant une semaine intense, 80 danseurs sélectionnés, âgés de 15 à 18 ans, s’affrontent devant des directeurs de grandes écoles et compagnies. L’enjeu ? Décrocher un contrat ou une place dans une institution d’exception. Pour moi, ce fut une réussite : à l’issue de cette semaine, j’ai été admise à l’École de Danse de l’Opéra National de Paris, en Seconde Division (l’avant-dernière année).

En septembre 2022, j’ai donc déménagé à Paris pour rejoindre l’internat de l’école, tout en vivant en famille d’accueil les week-ends (mes parents étaient toujours à Hong Kong). Mon quotidien était alors rythmé par un emploi du temps exigeant : scolarité de 8h à 12h (j’étais en Première), suivie de cours de danse de 13h30 à 18h30. Sans compter les enseignements complémentaires — anatomie, histoire de la danse et musique — nécessaires pour obtenir notre diplôme de fin d’études.
L’année a été ponctuée de moments magiques, comme danser sur la scène de l’Opéra Garnier lors du Grand Défilé, des démonstrations ou des spectacles de l’École. Mais elle a aussi été marquée par une pression constante : chaque année, un examen de danse déterminait notre avenir. Un mois de préparation intense pour, selon notre classement, passer au niveau supérieur, redoubler, ou quitter l’école.
Double défi cette année-là : en plus de mes examens de danse, j’ai dû passer mon bac de français et mon brevet (que je n’avais pas pu valider avec le CNED auparavant). Résultat ? J’ai réussi à accéder à la Première Division — la dernière année de l’École — tout en obtenant mon bac avec mention. Une année cruciale, car elle se terminait non pas par un examen, mais par un concours d’entrée au Ballet de l’Opéra de Paris. L’enjeu était immense : décrocher un contrat pour intégrer la compagnie.
L'échec qui a tout changé : de la 6ème place à la consécration
Ce premier concours, comparable à un entretien d’embauche, m’a classée 6ème… alors qu’il n’y avait que 3 places disponibles (le nombre de sélectionnés dépend des besoins de la compagnie, qui changent chaque année). Comme je n’avais pas encore 18 ans, j’ai choisi de redoubler ma Première Division pour retenter ma chance.
Les six premiers mois ont été les plus difficiles de ma vie. J’avais frôlé mon rêve sans l’atteindre, et cette frustration m’a fait perdre ma passion, mon envie de danser, voire ma confiance en moi. Je venais en cours, mais mon cœur n’y était plus. Je n’aimais plus ma façon de danser, ni même de travailler. J’avais besoin d’aide.
C’est là que Julien Coupat, mon coach mental que j'en profite pour remercier, est entré dans ma vie. Grâce à lui, j’ai retrouvé les sensations de la danse, celles qui me faisaient vibrer enfant. Il m’a appris à danser pour moi, et non pour le regard du jury, à accepter mes émotions et à transformer mes échecs en force.

Pour ce deuxième concours, mon objectif était simple : être fière de moi. Pas de pression, juste l’envie de me faire plaisir et de puiser dans l’énergie de ceux qui me soutenaient. "Car sur scène, je suis seule, mais je danse avec toutes les personnes qui croient en moi."
Résultat ? J’ai été classée 1ère et j’ai signé un CDI avec le Ballet de l’Opéra National de Paris – un contrat qui me lie à cette institution jusqu’à mes 42 ans. Mon rêve était enfin devenu réalité.
Aujourd' hui, je vis vraiment dans mon rêve tous les jours. Alors que nous débutons la saison 2025/2026, j’ai déjà pu danser beaucoup dans les ballets “Giselle”, “Notre Dame de Paris” à l’Opéra Garnier et Bastille. Je prépare ensuite “Le Parc”, “ Romeo et Juliette”, “ La Bayadère”, des grands ballets classiques.
Mais mon chemin est loin d'être fini car mon nouvel objectif est de devenir danseuse étoile, avec beaucoup d'étapes compliquées encore à gravir; et je suis reconnaissante d’avoir vécu les difficultés que mon parcours m’ a présentées, car ce sont elles qui m'ont forgée et grâce auxquelles j'ai pu en apprendre davantage sur moi même.
Le soutien de mes parents : des piliers dans l'ombre
Je ne pourrais pas parler de mon parcours sans évoquer mes parents, présents à chaque étape, malgré les kilomètres qui nous séparent. Qu’il s’agisse de mes années en Australie, où j’ai vécu seule à 14 ans, ou de mon installation à Paris, ils ont toujours été là, même à distance.
Je n’ai jamais eu à les convaincre de me laisser poursuivre mon rêve. Leur confiance était totale, presque instinctive : ma passion était si visible, si intense, qu’ils ont compris qu’il fallait la laisser s’exprimer. Bien sûr, ils ont eu des doutes — comment ne pas en avoir ? — mais jamais ils ne m’ont freinée. Même dans les moments où je perdais foi en moi, ils croyaient en moi plus que tout.
Et surtout, ils m’ont soutenue sans jamais pouvoir agir à ma place — une impuissance que je sais avoir été difficile pour eux. Pourtant, ils ont toujours trouvé les mots, les encouragements, et cette présence silencieuse mais infaillible qui m’a portée jusqu’ici.
Aux élèves du LFI : osez, travaillez, rêvez et surtout, ne lâchez rien !
Mon parcours ne fait que commencer, mais une chose est sûre : comme dans tout métier, c’est le travail, la rigueur et la persévérance qui transforment les rêves en réalité. La clé ? La constance, la détermination, et ne jamais perdre de vue pourquoi ce rêve est le vôtre. Accrochez-vous à cette raison, même quand le doute s’installe, et n’ayez pas peur de vous y consacrer pleinement.
Ne vous limitez pas par la peur du jugement ou l’envie de ressembler à quelqu’un d’autre. Allez au bout de vous-même, explorez votre potentiel maximum, et osez vivre votre rêve jusqu’au bout — car c’est le vôtre, et il est unique.
Un rêve, c’est aussi une aventure collective. Personne n’y arrive seul : j’ai eu la chance d’être entourée par une équipe incroyable — famille, professeurs, directeurs, coachs, médecins, amis — sans qui je ne serais pas là aujourd’hui. Acceptez l’aide, travaillez en équipe, car c’est ensemble qu’on apprend le plus, qu’on grandit, et qu’on crée quelque chose de encore plus beau.
Alors ne lâchez rien : allez au bout de vos rêves, avec l’intention d’en profiter pleinement et de continuer à grandir. Moi, c’est ce que je ferai chaque jour au sein de ma nouvelle famille, l’Opéra de Paris.
Manon




