Les derniers mot de M. Gazeau après 30 ans de carrière au LFI

C’était le 1er mai 1995. M. Olivier Gazeau franchissait pour la première fois les grilles du LFI. En janvier dernier, près de trente années merveilleuses plus tard, il a quitté ses fonctions en laissant un héritage indélébile, gravé au plus profond de notre communauté.
De la Vie Scolaire à Proviseur adjoint, en passant par son rôle de CPE, il a exercé de nombreuses fonctions avec passion. Mais surtout, il a inspiré des générations entières. Il a marqué l’histoire de notre établissement par son engagement et son empreinte inoubliable.
Nous nous sommes entretenus une dernière fois avec lui avant son départ.
Transportez-nous dans le LFI des années 90. Quels sont vos tout premiers souvenirs en arrivant dans cet établissement il y a 30 ans ? Comment décriveriez-vous le LFI des années 90 ?
Le LFI des années 90, c’était une autre époque, presque un autre monde scolaire. Les premiers souvenirs qui reviennent sont ceux d’un établissement plus petit, plus familial, où tout le monde se connaissait par son prénom et où l’on croisait les mêmes visages à chaque récréation. L’ambiance était à la fois très exigeante et profondément chaleureuse : moins d’écrans, plus de discussions dans les couloirs, des piles de papiers sur les bureaux, et un rapport au temps plus lent, plus humain.
Je me rappelle des grands écarts (parfois acrobatiques!) lorsque je devais jongler entre les enfants de maternelle qui passaient leur temps à répandre leur sac dans la cour de récréation et les élèves de terminale qui jouaient avec des BB guns dans les couloirs.



Y a-t-il un moment, une anecdote ou une rencontre qui a marqué votre parcours ici et que vous garderez toujours en mémoire ?
Il y a toujours un moment qui cristallise tout un parcours. Ce pourrait être ma première rentrée, en voyant les élèves affluer et en réalisant que je partage désormais la responsabilité de leurs réussites, de leurs doutes et de leurs difficultés. Ou encore les rencontres avec des élèves en difficulté qui, quelques années plus tard, reviennent remercier l’équipe pour ne jamais avoir abandonné.
Quel est le projet ou la réalisation dont vous êtes le plus fier pendant ces trois décennies ?
Sur trente ans, les réalisations s’additionnent, mais certaines prennent une place particulière. Notamment la mise en place des dispositifs d’accompagnement des élèves en difficulté, des projets pédagogiques innovants, et puis surtout l'évolution de la vie scolaire qui a rendu le climat scolaire plus serein et plus bienveillant. Ma plus grande fierté reste surtout d’avoir contribué à faire du LFI un lieu où les élèves se sentent vus, écoutés et respectés.
Parmi toutes les évolutions que vous avez vues au LFI au fil des années (pédagogiques, technologiques, humaines, structurelles…), laquelle vous a le plus marquée, et pourquoi ?
Les évolutions pédagogiques et technologiques ont profondément transformé le quotidien. Le passage du rétroprojecteur au tableau blanc numérique, l’arrivée des ENT, des tablettes, des visioconférences ont changé la manière d’enseigner, de communiquer, de suivre les élèves. Mais l’évolution la plus marquante est peut‑être humaine : une plus grande attention au bien‑être, à l’inclusion, à la diversité des parcours, qui a modifié le regard porté sur chaque élève.
Existe-t-il un événement ou une tradition de l’établissement que vous souhaiteriez voir revenir ?
Dans la mémoire d’un établissement, certaines traditions laissent une trace particulière. Je pense aux fêtes de fin d’année plus simples mais très conviviales, à des journées sportives ou culturelles où toute la communauté se retrouvait, ou à des cérémonies de remise de diplômes plus artisanales mais très émouvantes. Le souhait serait de voir revenir cet esprit de simplicité joyeuse, où l’essentiel était le lien plutôt que la mise en scène.
Comment envisagez-vous la suite pour l’établissement ?
Le LFI a devant lui des défis et de belles opportunités. Les défis portent sans doute sur la capacité à conserver une identité forte, une exigence académique et un climat humain de qualité dans un monde en mutation permanente. Les opportunités résident dans l’ouverture internationale, les projets interdisciplinaires, le développement du numérique éducatif au service du sens, et la construction d’une communauté encore plus solidaire. L'arrivée de IA sera, sans aucun doute, un vrai challenge où chacun devra se sentir à la fois protégé et ouvert au changement.
Après 30 ans ici, comment imaginez-vous votre quotidien ? Y a-t-il un projet, un rêve ou une passion que vous allez enfin pouvoir explorer ?
Après trente ans dans le même établissement, le quotidien va forcément changer de rythme. Il y a sans aucun doute des projets longtemps repoussés. Le poète cubain José MARTY disait: "Pour réussir sa vie, un homme doit faire un enfant, écrire un livre et planter un arbre". J'en suis aux deux-tiers.
Mais je prévois aussi et surtout de prendre du temps pour ma famille et pour moi. Ce nouveau chapitre ressemble moins à une fin qu’à une transition vers une vie plus libre, mais nourri de tout ce qui a été vécu au LFI.

Un dernier mot pour ceux qui vous ont accompagné pendant ces années, collègues et élèves ?
Le dernier mot serait sans doute un mot de gratitude. Gratitude envers les collègues, pour leur confiance, leurs débats, leurs désaccords constructifs, leurs éclats de rire partagés dans les moments de tension. Gratitude envers les élèves, anciens et actuels, pour leur énergie, leurs questions, leurs erreurs, leurs réussites, qui donnent tout son sens à ce métier. Et un souhait : que chacun continue à faire du LFI un lieu d’exigence, de bienveillance et d’espoir pour les générations à venir.
Merci, M. Gazeau, pour ces 30 années exceptionnelles. Votre influence perdurera bien au-delà de votre départ.
